Nouvelle-Aquitaine | 80 % des architectes craignent pour la survie de leur activité
L’Ordre régional des architectes de Nouvelle-Aquitaine tire la sonnette d’alarme. Une enquête menée auprès de 1 206 de ses 2 700 inscrits révèle une situation économique critique : 80 % des répondants se disent inquiets pour la pérennité de leur activité d’ici 2027.
Les indicateurs virent au rouge. La moitié des agences accuse une baisse d’activité, avec des carnets de commandes réduits à six mois contre douze habituellement. Depuis 2020, les procédures collectives ont triplé. Les radiations ont bondi de 50 %, et touchent désormais de jeunes diplômés — un phénomène inédit. Les inscriptions reculent dans les mêmes proportions.
Le secteur pèse pourtant lourd : près de 5 milliards d’euros de travaux déclarés en région en 2024. L’Ordre avertit que cette fragilisation se répercutera sur l’ensemble de la filière bâtiment.
Face à cette crise, les agences se réinventent. La réhabilitation représente dorénavant 70 % du chiffre d’affaires pour la moitié d’entre elles. Matériaux biosourcés, réemploi et accompagnement des communes dans la sobriété foncière dessinent de nouveaux relais. L’Ordre milite en ce sens pour que l’expertise des architectes soit mieux mobilisée par les collectivités, notamment sur la revitalisation des centre-bourgs et la valorisation des friches.
Relèvement du seuil des concours d’architecture | Une simplification qui inquiète
Le « méga-décret » de simplification, publié au Journal officiel le 21 février 2026, porte à 300 000 euros HT le seuil de recours obligatoire au concours d’architecture pour les collectivités, contre 216 000 euros jusqu’alors. Une hausse de près de 40 % qui concrétise l’annonce de Sébastien Lecornu au Congrès des maires de novembre dernier.
La mesure a été adoptée malgré l’opposition massive de la profession. Le Cnoa, l’Unsfa, le Syndicat de l’architecture, mais aussi Syntec, France Assureurs ou la Fédération des Scop du BTP ont contesté ce relèvement. Le Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité énergétique a lui-même émis un avis défavorable.
L’étude d’impact du gouvernement reconnaît pourtant qu’un seuil à 280 000 euros réduirait déjà de 20 à 25 % le nombre de concours annuels, avec un risque de déstabilisation des TPE/PME en territoires ruraux. Le seuil a finalement été fixé encore plus haut.
La Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques (Miqcp) rappelle que le concours améliore la qualité architecturale des bâtiments publics sur toute leur durée de vie. Plusieurs acteurs redoutent une standardisation accrue et un recul de l’innovation, au moment où les enjeux de transition écologique exigent davantage d’intelligence collective. Cette décision s’inscrit dans un climat plus large de remise en cause de la maîtrise d’œuvre, désormais ciblée comme facteur de surcoûts par le Sénat.
Brest | La Pérouse, futur plus haut immeuble en bois de Bretagne
À Brest, le quartier des Capucins accueillera d’ici fin 2028 un immeuble de bureaux de 6 800 m² qui pourrait devenir le plus haut bâtiment en bois de Bretagne. Baptisé La Pérouse, l’édifice de huit étages (30 m) repose sur un socle béton de deux niveaux (parking) — reconvertibles en bureaux ou commerces — et adopte une structure bois avec planchers mixtes bois-béton. Le bardage en briques dialogue avec le passé industriel du site.
Conçu par Brulé Architectes Associés et Onze04, avec le bureau d’étude Egis, le projet vise la labellisation Breeam Excellent. Son enveloppe très isolée (jusqu’à 400 mm en couverture) et ses protections solaires passives ciblent des besoins de chauffage inférieurs à 15 kWh/m²/an, soit un coût estimé sous les 2 €/m²/an.
Point notable : l’encapsulage du bois se limite aux circulations, ce qui préserve des finitions bois apparentes dans les bureaux — un compromis obtenu après échange avec les sapeurs-pompiers, au-delà des exigences de l’IT 249.
Porté par la Sempi pour un investissement de 20 M€, l’immeuble proposera 4 800 m² de plateaux divisibles dès 80 m², loués à partir de 210 €/m²/an. Les travaux démarrent fin 2026.
Étude Coface-OEM | L’architecture parmi les métiers les plus vulnérables à l’IA
Une étude inédite de la Coface et de l’Observatoire des métiers menacés et émergents (OEM) place l’architecture et l’ingénierie en tête des familles professionnelles les plus exposées à l’automatisation par l’IA. Le chiffre frappe : 27 % des tâches de ces métiers sont automatisables en France, contre 16 % en moyenne nationale.
La raison ? Ces professions reposent sur un fort contenu cognitif et un traitement d’informations structurées — cahiers des charges, bases de données, logiciels de CAO. L’IA excelle précisément dans ce registre. À l’inverse, les missions à composante relationnelle ou physique résistent mieux.
L’étude, qui a passé au crible 923 métiers dans 12 pays, alerte aussi sur l’impact générationnel. Les juniors seraient les premiers touchés, car ils exécutent les tâches les plus facilement substituables. Avec un risque majeur : priver les futurs professionnels d’un apprentissage terrain irremplaçable.
Côté chantier, la menace s’atténue nettement. Les travaux de construction spécialisés affichent un score moyen de 12 %, le gros œuvre et le génie civil 15 %.
L’économiste Aurélien Duthoit tempère toutefois : ces chiffres mesurent un potentiel technique, pas des destructions d’emplois. Si la productivité gagnée absorbe de nouveaux besoins, l’impact net pourrait rester limité.
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25 mars 2026