Sous la rue Lafayette, les pelleteuses avancent à 15 centimètres près. Dans les mairies de France, des ingénieurs cherchent les bons mots pour convaincre leurs élus. Sur les écrans d’Egis, l’IA s’invite dans 80 % des bureaux d’études. Et à Marseille, TPF Ingénierie prépare ses prochaines acquisitions. Bienvenue dans l’actualité des ingénieurs.
L’actualité des concepteurs : Ingénieurs 29

Élus et ingénieurs territoriaux | Vers une culture commune

L’efficacité de l’ingénierie territoriale repose sur un prérequis trop souvent négligé : la qualité du dialogue entre techniciens et élus. C’est le constat partagé par l’AITF (Association des ingénieurs territoriaux de France) et plusieurs acteurs du programme Actee, spécialisé dans la rénovation énergétique des bâtiments publics.

Guillaume Perrin, président d’Actee, le résume sans détour : un thermicien qui aborde un maire avec un jargon technique a « 9 chances sur 10 de ne pas être écouté ». L’enjeu ? Traduire les diagnostics en arguments financiers et stratégiques compréhensibles par la sphère décisionnelle.

Vincent Bimbard, président de l’AITF, souligne une autre difficulté : le millefeuille administratif. L’espace public relève de plus en plus de l’intercommunalité, ce qui multiplie les interfaces entre communes, départements et syndicats. La répartition des compétences reste floue, notamment en urbanisme.

Côté ressources humaines, la situation se tend. Les collectivités peinent à recruter dans la voirie, l’eau et le bâtiment, faute de rémunérations compétitives face à l’État. Le maire de Charleville-Mézières, Boris Ravignon, plaide pour une « ingénierie de proximité » mutualisée à l’échelle intercommunale — pragmatique, accessible, et capable de répondre aux besoins concrets du bloc communal.

Génie civil et IA | Entre enthousiasme et sobriété

L’Association française du génie civil (AFGC) a placé ses journées techniques des 11 et 12 mars sous le signe de l’ « ingénierie augmentée ». Sa présidente, Claude Le Quéré, également directrice des structures chez Egis, pose un constat sans équivoque : le secteur vit un « point de bascule ».

Un chiffre illustre cette accélération : 80 % des ingénieurs ouvrages d’art d’Egis recourent désormais à l’IA au moins une fois par semaine. Il y a deux ans, l’outil restait cantonné aux directions de l’innovation. Aujourd’hui, il pénètre les organisations par la base. Les professionnels lui délèguent spontanément leurs tâches les plus rébarbatives.

L’IA ouvre des perspectives majeures : analyse de données volumineuses, reconnaissance d’images, exploitation de retours d’expérience mal classés. Autant d’appuis pour des décisions de conception ou de réparation souvent fondées sur des données lacunaires.

Mais Claude Le Quéré alerte : la sobriété doit rester le fil directeur. Une IA consomme mille fois plus qu’un cerveau humain. Les risques de dépendance des jeunes générations, les questions de responsabilité et de fiabilité des données méritent une vigilance collective.

L’AFGC voit aussi dans l’IA un levier d’attractivité pour une filière qui peine à recruter : alléger le quotidien de l’ingénieur pour recentrer le métier sur l’essentiel — la résolution de problèmes.

Gare du Nord — Gare de l’Est | Un tunnel de 56 mètres

SNCF Gares & Connexions mène un chantier hors norme sous la rue Lafayette à Paris : le creusement d’un tunnel de 56 m de long sur 5,70 m de large pour relier la gare de Magenta au sous-sol d’un bâtiment de la rue d’Alsace. L’objectif est de fluidifier les 150 000 correspondances quotidiennes entre la gare du Nord et la gare de l’Est. L’ouvrage, estimé à 23,77 M€ HT, devrait accueillir 18 000 usagers par jour dès le premier trimestre 2027.
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Le groupement NGE Génie civil/Colas a dû composer avec un sous-sol extrêmement dense — cinq réseaux d’eau superposés — et une tolérance de tassement limitée à 2 cm. Un coulis de ciment injecté sous les canalisations a permis de contenir les affaissements à 0,2 cm, loin des 1,4 cm anticipés.

Autre défi majeur : la construction d’un linteau de béton de 10 m x 3,20 m x 1,40 m, réalisé en deux demi-largeurs pour reprendre les charges du bâtiment existant. Le tunnel, creusé à la pelle sous faible couverture, est sécurisé par une voûte parapluie et des cintres métalliques resserrés à 15 cm au droit des réseaux sensibles. Le chantier mobilise 2 000 m³ de béton, 450 t d’armatures et génère 7 000 t de déblais.

TPF Ingénierie accélère sa croissance

Le bureau d’études pluridisciplinaire TPF Ingénierie affiche une santé financière solide. Avec 63 M€ de chiffre d’affaires, plus de 500 collaborateurs et une croissance organique de 8 % en 2025, la filiale française du groupe belge TPF confirme sa trajectoire ascendante. Son EBITDA dépasse les 14 %.

Depuis Marseille et ses 21 implantations, la société mise sur une ingénierie de proximité à forte valeur ajoutée. Sa filiale marocaine, TPF Pyramide Ingénierie (50 salariés, 3,3 M€ de CA), contribue à cette dynamique avec des références majeures : le stade de Fès pour la Coupe du monde 2030, le CHU de Rabat et quatre gares.

La stratégie repose aussi sur des entités spécialisées — Secmo pour les structures béton, Im-Pact pour l’IA et le digital — et sur des acquisitions ciblées. TPF Utilities, acquise en 2023 à Lille, exploite des installations techniques pour l’industrie. D’autres opérations de croissance externe sont prévues, notamment dans les infrastructures et les process industriels.

L’entreprise recrute cette année une quarantaine d’ingénieurs en génie électrique et climatique. Côté RSE, elle affiche 35 % de femmes dans ses effectifs et détient la certification Ecovadis Platinum (top 1 %). Les JO d’hiver 2030 dans les Alpes ouvrent des perspectives supplémentaires.

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