Le vivant comme modèle, l’eau comme fil conducteur, le carbone comme défi collectif et la fiscalité comme terrain de bataille. Cette semaine, l’actualité des paysagistes dessine les contours d’une profession en pleine métamorphose, entre science, politique et engagement environnemental.
Paysagiste

Conception paramétrique et biomimétisme | Vers des villes qui soignent le vivant

Les architectes-paysagistes Claire Bailly et Jean Magerand, fondateurs de l’Atelier international expérimental pour la cité bionumérique (2007), prônent une révolution conceptuelle dans la construction. Face à l’hyperspécialisation héritée du XIXe siècle qui fragmente notre approche des écosystèmes complexes, ils proposent de s’inspirer du vivant et de ses propriétés auto-organisationnelles : adaptation, régénération, économie de ressources. Les outils numériques actuels, notamment la conception paramétrique et générative, permettent de modéliser cette complexité naturelle. L’objectif est de créer des bâtiments et des villes non plus seulement inoffensifs, mais véritablement régénératifs pour l’environnement.

Leurs réalisations concrètes incluent des documents d’urbanisme interactifs adaptables en temps réel et la conception d’une « macroferme permacole bionumérique » de 1000 hectares. Ce projet urbain novateur, récemment distingué aux Trophées de l’innovation 2025, intègre alimentation locale, emploi et relations sociales dans une vision écosystémique globale. L’intelligence artificielle facilite la gestion de cette complexité en testant des milliers d’hypothèses, ouvrant la voie à une architecture symbiotique avec le vivant.

Crédit d’impôt services à la personne | Le dispositif sauvé pour 2026

Le crédit d’impôt services à la personne (CISAP) sera finalement maintenu en 2026. Après plusieurs mois de mobilisation, la CNATP et ses alliés ont obtenu gain de cause face aux menaces de suppression inscrites dans les objectifs d’économies budgétaires de 40 milliards d’euros.

Le dispositif conserve ses paramètres actuels : 50 % des dépenses prises en charge, dans la limite de 12 000 euros par foyer. Une décision essentielle pour un secteur qui génère plus de 30 créations d’emplois quotidiennes, selon l’UNEP.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque euro investi par l’État rapporte entre 1,20 € et 1,50 € de recettes fiscales via la TVA, les cotisations sociales et l’impôt sur les sociétés. Sans cet avantage, 80 % des particuliers employeurs envisageaient de basculer vers le travail non déclaré.

La CNATP a rencontré le ministère de l’Artisanat le 12 février dernier avec un objectif affiché : sanctuariser définitivement ce levier économique et social dans les prochaines lois de finances.

Bilan carbone | Les entreprises du paysage passent à l’action

L’Union Nationale des Entreprises du Paysage (Unep) a organisé le 4 février une journée de co-construction pour définir la trajectoire bas carbone de la filière. Treize entreprises représentatives du secteur se sont réunies, accompagnées par le cabinet Ekodev, pour transformer les enseignements du premier Bilan Carbone de la branche en actions concrètes.

Cette initiative fait suite au diagnostic réalisé en 2025 auprès de 70 entreprises, qui a permis d’identifier les principaux postes d’émissions du secteur. Les participants ont travaillé sur trois axes prioritaires : les achats de matières premières, la gestion des déchets et de l’énergie, ainsi que la mobilité et l’organisation du travail. Chaque thématique a fait l’objet d’une analyse approfondie des leviers, freins et ressources nécessaires.

Cette démarche collective marque un tournant pour la profession. Les travaux se poursuivront pour consolider une feuille de route opérationnelle et déployer progressivement les actions identifiées. Un signal fort de l’engagement du secteur du paysage dans la transition écologique.

Hydrologie régénérative | Pourquoi les villes ont besoin de forêts et non de gazon

L’ingénieur agronome Samuel Bonvoisin, co-auteur de « Cultiver l’eau douce », alerte sur l’importance des arbres dans la régulation du cycle de l’eau. Selon lui, au-delà du cycle de l’eau bleue classique (océans-nuages-pluie), existe un cycle de l’eau verte, généré par les sols et la végétation. Ce dernier, actuellement dégradé selon le Stockholm Resilience Center, dépend fortement de l’architecture naturelle des paysages.

Les forêts forment une « rugosité » avantageant l’évapotranspiration et le retour de l’humidité atmosphérique. Des bactéries présentes sur les feuillages, notamment Pseudomonas syringae, déclenchent même la formation des nuages. L’hydrologie régénérative propose cinq principes : ralentir, infiltrer, stocker l’eau dans les paysages, favoriser l’évapotranspiration et diversifier les écosystèmes.

Une simple noue enherbée reste insuffisante : une haie améliore l’infiltration de 30 %. L’arbre crée le sol et la matière organique. Chaque augmentation de 1 % de matière organique permet de stocker 150 m³ d’eau supplémentaire par hectare. Samuel Bonvoisin met en garde contre le choix d’espèces méditerranéennes qui, moins vigoureuses, accéléreraient paradoxalement l’aridification.

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